Mercredi 21 janvier, 8h33, bloc opératoire n°4, HIB, Payerne

photo (5)Finalement, le jour de la césarienne est arrivé.

Admise au HIB la veille au soir, j’avais passé une journée étrange, partagée entre l’excitation, la peur, l’impatience, une envie folle de profiter des dernières heures tout en ne comprenant pas ce que signifiait « profiter de ces dernières heures »*. J’ai donc tout simplement passer du temps avec ma maman, pris un bon bain et l’heure de partir est arrivée. Le plus dur a sans aucun doute été de me séparer de mon amoureux et de dormir loin de lui pour cette « dernière nuit » cruciale. Mais à coup de SMS, de t-shirt avec son odeur roulé sous mon oreiller, j’ai fini par trouver le sommeil, consciente de l’importance d’être en forme pour le jour J…

Un jour J que j’ai entamé 30 minutes avant le réveil. Les instructions étaient claires (douche, rasage, chemise d’hôpital et culotte jetable, rangement des bijoux, etc.), je les ai suivie à la lettre en prenant garde de réveiller le moins possible ma voisine de chambre, dont la césarienne était prévue juste après la mienne et qui pouvait donc « profiter de dormir encore un peu ». Elle n’en fit rien puisqu’elle n’avait pratiquement pas fermé l’oeil de la nuit!

Là encore, il me sembla qu’une éternité s’écoula avant le départ pour le bloc. A 7h00, 1m98 d’amour et de soutien entrèrent dans la chambre, c’était le futur papa, ému déjà aux larmes mais prêt à assumer son rôle et à me soutenir tout au long de cette folle journée. Une fois encore, il n’a pas défailli ❤ Mains jointes, caresses, mots d’amour, émotions: jamais je n’y serai arrivée sans lui.

Puis, d’un seul coup, ce fut le départ: couloir, ascenseur, couloir encore et ce fut le bloc, les visages masqués, les puissantes lumières, les présentations (« Bonjour, je suis Dr Machin, c’est moi qui vais vous faire ci ou ça », « Bonjour, je suis Truc, c’est moi qui vais assister Dr Machin », etc.), les questions (« votre nom et date de naissance », « vous avez enlevé vos bijoux? », « vous avez enlevé votre vernis? », etc.), les explications (« alors on va vous faire ça, puis ça, puis encore ça et si tout va bien, on aura pas besoin de vous faire ça, ni ci, mais peut-être que vous ressentirez cela, ou encore ceci… ») et puis le basculement dans le bloc 4 tandis que Papa lâchait ma main pour partir se changer pour l’opération.

Jusqu’ici et grâce notamment à la gentillesse du personnel, je tenais bien le coup. Forte et concentrée, je m’efforçais de porter mon attention sur des images positives et sur ma fille dont je ferai la connaissance dans quelques minutes. Mais lorsque je senti les fourmis dans mes jambes, l’anesthésie remonter progressivement de mes orteils jusqu’à ma taille, puis la moitié de mon corps totalement paralysée, alors finalement, je me laissais un peu envahir par la peur alors que tout s’accélérait dans le bloc 4 du HIB.

Jamais je n’avais claqué des dents de la sorte. Mes larmes coulaient toutes seules alors que la sage-femme me caressait le visage et que l’anesthésiste me donnait tous les détails de ce qu’il se passait derrière le drap. Quelqu’un s’inquiéta enfin de savoir qui irait chercher le papa qui s’impatientait dans la cafétéria des chirurgiens et que l’équipe du bloc avait probablement oublié (je pense que je les aurai tué!). Une fois encore, lorsque mon regard croisa enfin ses doux yeux bleus qui ressortaient sous l’équipement stérile, lorsqu’il pris enfin ma main froide qui tremblait, alors enfin je me sentis en sécurité et je pu laisser aller mes émotions qui déferlèrent en torrent. Tout du long, il me parla, me rassura, tandis que je serrai si fort sa main qu’aucun outil chirurgical n’aurait pu m’en séparer.

Puis, ce fut le mot-clé, le signal qu’on attendait: utérotomie ou comment le chirurgien prévient par un terme barbare que tout est prêt pour aller chercher le bébé. Et là, on sait que seulement quelques minutes nous séparent de la plus incroyable des rencontres. Des minutes qui semblent une éternité (c’est fou comme la notion de temps est totalement perturbée!) mais qui sont largement récompensées par le plus beau son que je n’ai jamais entendu: les cris de mon bébé…

Explosion d’amour, de larmes, relâchement de toutes les tensions, Elle est là, Elle est sur notre terre, 3110 grammes descendus droit du ciel. Et Elle hurle à plein poumons pour me dire qu’Elle va bien, qu’Elle est venue remplir nos vies, réponse d’une promesse tissée patiemment pendant 9 mois et tout à coup, physique, présente, vivante. Accompagnée de son papa, Elle atterrit sur mon coeur et nos regards se croisent. Le début d’une grande histoire.

Bienvenue Lisa Béguin! ❤

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*Je remets ici un lien vers un article d’une bloggeuse américaine que j’ai trouvé particulière juste et touchant. Il faudrait profiter de ces derniers instants de tranquillité alors que finalement, le plus beau, le meilleur reste à venir…

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Le bal des célibataires

J’ai, comme tout le monde, un certain nombre d’amis célibataires et sans enfant. Ceux-ci se divisent en deux catégories:

La première, heureusement majoritaire, est celle qui vous permet de garder les pieds sur terre. Elle est constituée de personnes qui assument plus ou moins bien leur statut, non pas tant parce qu’il s’agit d’un choix délibéré (cliché) mais bien parce qu’elles savent que l’herbe n’est pas forcément plus verte chez leur voisin casé et surtout parce qu’elles ont décidé de tirer profit de cette forme de liberté en montant des projets, en savourant leur grasse matinée d’une délectable solitude, en avançant dans la vie en ne comptant que sur ce qui comptera toujours: elles-même. Ces personnes vous rappellent aussi d’où vous venez et vous permettent de ne pas oublier que votre vie d’avant n’avait rien de meilleur mais surtout rien de pire que celle que vous vivez aujourd’hui. Ces deux phases sont simplement différentes, jonchées de défis, de joies et de peines distinctes. A noter que c’est aussi cette catégorie qui vous emmène faire la fête lorsque vous devez décompresser.

La deuxième, heureusement minoritaire, est celle dont les frustrations finissent par suinter sous toutes les coutures de votre amitié, celle pour qui la liberté est synonyme de prison et qui va, parfois, jusqu’à vous considérer comme le geôlier.

Oh bien sûr, la solitude est un sentiment pesant, bien sûr que lors d’une épreuve, une épaule solide vous permet de vous soutenir. Bien sûr que vivre à deux est la garantie de pouvoir partager ses émotions, ses craintes, ses doutes. Combien de ces personnes ai-je entendu me dire « mais toi tu as de la chance, c’est facile quand on est deux ».

Chance?! Facile?! Mais ces deux vocables n’ont strictement rien à voir là-dedans! Vivre à deux est aussi source de craintes, de doutes, d’émotions parfois contradictoires. Vivre à deux n’empêche en rien la solitude, et cela même lorsqu’on nage dans le bonheur. Une vie de couple (attention cliché!), c’est un combat quotidien, des remises en question de soi-même, parfois de manière assez violente (surtout si nos longues années de célibat ont endormi notre capacité à nous introspecter). Quant à la chance… Ce serait nier qu’on reste, quoiqu’il arrive, maître de sa vie, pour en saisir les belles opportunités comme pour en gâcher les plus beaux cadeaux.

Alors oui, cette deuxième catégorie vit assez mal votre bonheur. Elle peut pourrir votre Facebook avec des vidéos stupides, des statuts pathétiques mais vous la soûler avec vos photos de vacances et vos changements d’état civil. Elle peut vous couper l’envie d’aller le boire ce verre dont vous avez tant besoin parce qu’en effet, vous n’avez en revanche aucun besoin d’être jugée parce que « tout va trop bien ». Elle ne viendra pas à votre mariage puisqu’elle ne sera pas accompagnée et enfin, elle ne viendra pas voir votre bébé parce qu’elle n’est pas concernée. Elle déplore la stigmatisation des célibataires mais en fin de compte, c’est elle qui vous colle une étiquette: vous êtes niais parce que vous êtes heureux.

Ce à quoi vous avez très envie de répondre: vous êtes laid parce que vous êtes envieux.

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