Back to reality

Voilà très exactement 7 semaines que je n’ai pas repris « la plume ». 7 semaines, soit la moitié de ce précieux congé maternité; 42 jours qui m’ont semblé durer comme 21 mais qui ont été riches comme 84; une notion du temps complètement faussée par une seule et unique préoccupation: Lisa.

Ce n’est pas que je n’ai pas eu le temps d’écrire. Certes, elle dort peu (j’y reviendrai), certes, elle mange souvent (j’y reviendrai aussi). Il y a aussi les visites, les rendez-vous chez le pédiatre, l’osthéo, la sage-femme… Et bien sûr, les déplacements (petits ou grands) qui prennent plus de temps à se préparer que l’excursion en elle-même. Enfin, les soins persos qu’on s’accorde (dormir, manger, se laver – oui, c’est déjà du luxe!)… Tout cela prend du temps, c’est certain, et une énergie démentielle (j’y reviendrai – décidément, j’en ai des choses à vous raconter!). Mais ce n’est pas cela qui m’a coupé la chique, pas cela qui m’a empêché d’écrire.

Je ne manquais pas d’inspiration non plus. J’ai sans aucun doute vécu plus de bouleversements ces 2 derniers mois que durant les 10 dernières années de ma vie. Des états d’âme, des doutes, des joies, des questions, j’en ai eu pour mon compte (et quelque chose me dit que je n’en suis pas quitte) et le but initial de ce blog était justement de les partager. Mon cerveau, toujours en ébullition, les a pourtant laissé mariner au fond d’une case de rationalité totalement et parfaitement désamorcée depuis le 21 janvier dernier.

Car ce qui m’a vraiment empêchée d’écrire jusqu’à aujourd’hui, c’était l’envie, le besoin, l’instinct animal qui m’a poussée à ne vivre, ne penser, ne réfléchir qu’à elle. La nourrir, la protéger, la soigner, la faire dormir ont été mes seules préoccupations durant 42 jours et 42 nuits. Des fonctionnalités basiques, animales qu’il s’agissait et qu’il s’agit toujours de satisfaire, quoiqu’il puisse arriver. Dès son premier cri, ce fut comme une évidence et pour la première fois de ma vie, les battements de mon coeur ont couvert le vacarme de mon cerveau. Le rationnel n’a pas sa place dans ce sentiment énorme et immense qu’est l’instinct maternel.

Aujourd’hui chacun tente de (re)trouver sa place et de vivre en harmonie car ce putsch ne s’est pas fait sans douleur, sans une certaine résistance de mes méninges peu enclins à perdre leur statut de dictateurs sur ma personne. Et moi, tout en observant ces négociations, je savoure autant la plénitude de ces sentiments que la joie de mon intellect retrouvé (progressivement…). Si ma fille m’a déjà apporté une grande et merveilleuse chose, c’est la capacité de laisser mon coeur et ma cervelle cohabiter…en bonne intelligence! Et gageons qu’ils sauront tous deux s’exprimer sur les prochains articles de ce blog.

Me voilà de retour à la réalité…et j’ai du pain sur la planche!

A très vite ***

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Mercredi 21 janvier, 8h33, bloc opératoire n°4, HIB, Payerne

photo (5)Finalement, le jour de la césarienne est arrivé.

Admise au HIB la veille au soir, j’avais passé une journée étrange, partagée entre l’excitation, la peur, l’impatience, une envie folle de profiter des dernières heures tout en ne comprenant pas ce que signifiait « profiter de ces dernières heures »*. J’ai donc tout simplement passer du temps avec ma maman, pris un bon bain et l’heure de partir est arrivée. Le plus dur a sans aucun doute été de me séparer de mon amoureux et de dormir loin de lui pour cette « dernière nuit » cruciale. Mais à coup de SMS, de t-shirt avec son odeur roulé sous mon oreiller, j’ai fini par trouver le sommeil, consciente de l’importance d’être en forme pour le jour J…

Un jour J que j’ai entamé 30 minutes avant le réveil. Les instructions étaient claires (douche, rasage, chemise d’hôpital et culotte jetable, rangement des bijoux, etc.), je les ai suivie à la lettre en prenant garde de réveiller le moins possible ma voisine de chambre, dont la césarienne était prévue juste après la mienne et qui pouvait donc « profiter de dormir encore un peu ». Elle n’en fit rien puisqu’elle n’avait pratiquement pas fermé l’oeil de la nuit!

Là encore, il me sembla qu’une éternité s’écoula avant le départ pour le bloc. A 7h00, 1m98 d’amour et de soutien entrèrent dans la chambre, c’était le futur papa, ému déjà aux larmes mais prêt à assumer son rôle et à me soutenir tout au long de cette folle journée. Une fois encore, il n’a pas défailli ❤ Mains jointes, caresses, mots d’amour, émotions: jamais je n’y serai arrivée sans lui.

Puis, d’un seul coup, ce fut le départ: couloir, ascenseur, couloir encore et ce fut le bloc, les visages masqués, les puissantes lumières, les présentations (« Bonjour, je suis Dr Machin, c’est moi qui vais vous faire ci ou ça », « Bonjour, je suis Truc, c’est moi qui vais assister Dr Machin », etc.), les questions (« votre nom et date de naissance », « vous avez enlevé vos bijoux? », « vous avez enlevé votre vernis? », etc.), les explications (« alors on va vous faire ça, puis ça, puis encore ça et si tout va bien, on aura pas besoin de vous faire ça, ni ci, mais peut-être que vous ressentirez cela, ou encore ceci… ») et puis le basculement dans le bloc 4 tandis que Papa lâchait ma main pour partir se changer pour l’opération.

Jusqu’ici et grâce notamment à la gentillesse du personnel, je tenais bien le coup. Forte et concentrée, je m’efforçais de porter mon attention sur des images positives et sur ma fille dont je ferai la connaissance dans quelques minutes. Mais lorsque je senti les fourmis dans mes jambes, l’anesthésie remonter progressivement de mes orteils jusqu’à ma taille, puis la moitié de mon corps totalement paralysée, alors finalement, je me laissais un peu envahir par la peur alors que tout s’accélérait dans le bloc 4 du HIB.

Jamais je n’avais claqué des dents de la sorte. Mes larmes coulaient toutes seules alors que la sage-femme me caressait le visage et que l’anesthésiste me donnait tous les détails de ce qu’il se passait derrière le drap. Quelqu’un s’inquiéta enfin de savoir qui irait chercher le papa qui s’impatientait dans la cafétéria des chirurgiens et que l’équipe du bloc avait probablement oublié (je pense que je les aurai tué!). Une fois encore, lorsque mon regard croisa enfin ses doux yeux bleus qui ressortaient sous l’équipement stérile, lorsqu’il pris enfin ma main froide qui tremblait, alors enfin je me sentis en sécurité et je pu laisser aller mes émotions qui déferlèrent en torrent. Tout du long, il me parla, me rassura, tandis que je serrai si fort sa main qu’aucun outil chirurgical n’aurait pu m’en séparer.

Puis, ce fut le mot-clé, le signal qu’on attendait: utérotomie ou comment le chirurgien prévient par un terme barbare que tout est prêt pour aller chercher le bébé. Et là, on sait que seulement quelques minutes nous séparent de la plus incroyable des rencontres. Des minutes qui semblent une éternité (c’est fou comme la notion de temps est totalement perturbée!) mais qui sont largement récompensées par le plus beau son que je n’ai jamais entendu: les cris de mon bébé…

Explosion d’amour, de larmes, relâchement de toutes les tensions, Elle est là, Elle est sur notre terre, 3110 grammes descendus droit du ciel. Et Elle hurle à plein poumons pour me dire qu’Elle va bien, qu’Elle est venue remplir nos vies, réponse d’une promesse tissée patiemment pendant 9 mois et tout à coup, physique, présente, vivante. Accompagnée de son papa, Elle atterrit sur mon coeur et nos regards se croisent. Le début d’une grande histoire.

Bienvenue Lisa Béguin! ❤

photo (4)

*Je remets ici un lien vers un article d’une bloggeuse américaine que j’ai trouvé particulière juste et touchant. Il faudrait profiter de ces derniers instants de tranquillité alors que finalement, le plus beau, le meilleur reste à venir…

5 jours, 6 nuits

hib2 Hib3

C’est la durée qui sépare ces deux photos. Une goutte d’eau dans une vie et pourtant, une éternité dans la mienne tant ce séjour a été chargé de plus d’émotions que je n’en avais ressenti ces 5 dernières années! J’avais bien pris mon ordinateur portable, pensant sérieusement profiter de mon hospitalisation pour partager les expériences de ces premiers jours mais j’ai rapidement été rattrapée par la réalité, par la puissance de ce que j’étais en train de vivre et qui ne pouvait tolérer la moindre échappée de l’esprit (et je ne parle même pas de mon degré de concentration proche du degré zéro!).

Il n’est heureusement pas trop tard pour raconter ces quelques jours suspendus, hors du temps; ces journées où l’on ne différencie le jour de la nuit que grâce au contenu des plateaux repas et aux visages qui composent l’équipe médicale (heureusement que les veilleuses ne travaillent généralement pas de jour et vice-versa…); ces heures passées à la regarder, à apprendre à la baigner, la nourrir, la changer, la rassurer…le tout sous l’oeil bienveillant des sages-femmes qui sont pour vous, à ce moment-là, le saint Graal des couches-culottes, votre lumière dans le tunnel, vos bouées de sauvetage dans l’océan des larmes de votre petit amour fraîchement né.

Désormais de retour à la maison, l’esprit un peu plus clair (à défaut d’avoir plus de temps 🙂 )je reviendrai donc sur ce séjour incomparable qui a bouleversé ma vie et en particulier, un certain mercredi 21 janvier…

Lettre au père de ma fille

Il y a 8 mois environ, un certain vendredi 6 juin au matin, je brandissais dans notre salle de bain un baguette magique dont les deux petits traits violets qu’elle arborait allaient changer notre vie. Nous allions être parents, tu allais être papa.

Jamais je n’oublierai ta réaction, ton émotion ce jour-là. Mais le plus beau, le plus fou c’est qu’à aucun moment tu n’as failli à toi-même durant toute la durée de cette aventure préliminaire qu’est la grossesse. Présent à tous les rendez-vous, ému à chaque échographie, prévenant, prévoyant, curieux, patient, grâce à ta force, à ta sensibilité, nous avons pu tout partager. Aucune crainte, aucune joie, aucun doute, aucun rire n’est resté sans écho.

Demain matin, c’est encore toi qui tiendra ma main angoissée, ce sont tes beaux yeux bleus qui vont me couver et me donner le courage de donner naissance à notre merveille, c’est ta peau que notre fille sentira en premier et alors elle saura, elle saura qu’elle a le meilleur des papas.

Je suis si fière de toi, si heureuse de pouvoir offrir ce cadeau précieux à un homme tel que toi. Ne doute jamais de notre amour, nous sommes liés pour toujours. Merci d’être toi ❤️

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La visualisation positive

Bon. Deuxième nuit d’insomnie. A 24 heures de me retrouver sur la table, je me dis que je m’en sors bien et que c’est normal. Je ne saurais même pas dire si j’ai plus peur de l’acte chirurgical (qui durera 45 minutes) ou de devenir maman (qui durera éternellement). Néanmoins, ce n’est peut-être pas inutile de se rappeler tout ce qu’on pourra de nouveau faire lorsqu’on aura été libérée des 3,5 kilos de bébé qui dorment dans votre utérus. C’est de la pensée positive, ça détend et moi, ça a finit par m’aider à trouver le sommeil:

Dormir sur le ventre – Promener le chien plus de 20 minutes (sans être à bout de souffle) – Sortir/entrer dans la voiture sans grue d’élévation – Boire une (des) abricotines – Se tourner et se retourner dans le lit sans faire trembler la maison – Manger sans salir systématiquement le t-shirt qui sent encore la lessive – S’épiler soi-même -Revoir ses pieds – Faire pipi 4-5 fois par jour, comme tout le monde – Se mettre au régime – Boire une (des) willamines – Etre agréable avec son homme, même le soir, quand on a mal – Changer l’eau du chien sans l’aide de personne – Remettre ses habits favoris – Fermer sa veste – Revivre la sensation d’avoir froid – Cesser de saigner du nez et des gencives – Se faire les ongles de pieds – Manger des sushis et du tartare de boeuf – Ne plus pleurer chaque fois qu’on lâche ses clés parterre – Dormir d’une traite sans avoir besoin de pisser deux fois par nuit (ah non, ça, ça ne marche pas mais ce n’est plus pour soi qu’on va se lever!) – (au bureau) pouvoir de nouveau attraper le téléphone sans difficulté – Retrouver son bonnet C… – (corollaire) Recroiser le regard des gens les yeux dans les yeux – Ne plus chercher systématiquement ses mots parce qu’on a oublié son vocabulaire de base – Mettre et lacer ses chaussures toute seule – Ne plus avoir besoin de pisser dans des gobelets à chaque rendez-vous gynéco – Ne pas voir son gynéco pendant plusieurs semaines – Faire des abdos – La serrer enfin dans mes bras…

Bon, H-8 avant de partir pour la maternité, je m’en vais faire ma sieste du matin puis je me coulerai un bain en repensant à ma liste…

Le dernier dimanche

Le plus bizarre avec une césarienne programmée, c’est sans aucun doute laimages possibilité un peu perverse de pouvoir compter ses dernières heures. En plus du dernier anniversaire, du dernier Noël, de l’ultime Nouvel An sans enfant, autant d’échéances que chaque futur parent peut généralement identifier, nous sommes finalement arrivés à ce drôle de délai: notre dernier week-end sans enfant.

Je me suis donc interrogée sur le programme parfait pour ces deux journées si précieuses. Eh bien, ce n’est pas chose aisée!

D’un point de vue strictement pratique déjà, on a quelques obligations, même lorsqu’on prépare cette arrivée depuis le 6ème mois (oui, oui…): dernières courses pour tenir le siège des premières semaines, installation, test et tentative de réparation du mobile de berceau déjà défectueux (chéri, faudra repasser au magasin! Oui, même si elle ne verra pas la différence, j’y tiens et pis c’est tout!), un petit tour à la déchetterie (bon ça, ça faisait vraiment longtemps, le microcosme qui s’est développé dans le local à poubelle est en deuil de plusieurs générations…) et voilà que la journée du samedi est passée. En soirée, un dernier resto avec le futur parrain et je finis par verser sur le canapé en bavant sur mon coussin de grossesse.

Toujours d’un point de vue pratique, les choix d’activité et mon efficacité sont de toute manière plus que limités… En courses, je fais péter le ticket de caisse tellement j’ai envie de compenser mes angoisses avec toutes les sucreries possibles; à la déchetterie…faut-il préciser que je suis inutile? Au resto, pas d’apéro, un seul verre de vin et bien sûr pas de digestif (MARRE!); câlins coquins sur le canapé? Cela devient techniquement vraiment très, très compliqué… (dans le lit aussi remarquez…).

Alors je suis contente de voir arriver le dimanche qui me donnera la possibilité de m’adonner à la seule activité où j’excelle vraiment et dont je serai bientôt privée: paresser. Mais en profitant du délicieux petit-déjeuner amoureusement préparé par le futur papa, je réalise qu’en fin de compte, il ne manque plus qu’une seule chose à ce moment de perfection: Elle.

Je crois que je vais donc simplement cesser de compter et continuer à me réjouir… ❤

Le bal des célibataires

J’ai, comme tout le monde, un certain nombre d’amis célibataires et sans enfant. Ceux-ci se divisent en deux catégories:

La première, heureusement majoritaire, est celle qui vous permet de garder les pieds sur terre. Elle est constituée de personnes qui assument plus ou moins bien leur statut, non pas tant parce qu’il s’agit d’un choix délibéré (cliché) mais bien parce qu’elles savent que l’herbe n’est pas forcément plus verte chez leur voisin casé et surtout parce qu’elles ont décidé de tirer profit de cette forme de liberté en montant des projets, en savourant leur grasse matinée d’une délectable solitude, en avançant dans la vie en ne comptant que sur ce qui comptera toujours: elles-même. Ces personnes vous rappellent aussi d’où vous venez et vous permettent de ne pas oublier que votre vie d’avant n’avait rien de meilleur mais surtout rien de pire que celle que vous vivez aujourd’hui. Ces deux phases sont simplement différentes, jonchées de défis, de joies et de peines distinctes. A noter que c’est aussi cette catégorie qui vous emmène faire la fête lorsque vous devez décompresser.

La deuxième, heureusement minoritaire, est celle dont les frustrations finissent par suinter sous toutes les coutures de votre amitié, celle pour qui la liberté est synonyme de prison et qui va, parfois, jusqu’à vous considérer comme le geôlier.

Oh bien sûr, la solitude est un sentiment pesant, bien sûr que lors d’une épreuve, une épaule solide vous permet de vous soutenir. Bien sûr que vivre à deux est la garantie de pouvoir partager ses émotions, ses craintes, ses doutes. Combien de ces personnes ai-je entendu me dire « mais toi tu as de la chance, c’est facile quand on est deux ».

Chance?! Facile?! Mais ces deux vocables n’ont strictement rien à voir là-dedans! Vivre à deux est aussi source de craintes, de doutes, d’émotions parfois contradictoires. Vivre à deux n’empêche en rien la solitude, et cela même lorsqu’on nage dans le bonheur. Une vie de couple (attention cliché!), c’est un combat quotidien, des remises en question de soi-même, parfois de manière assez violente (surtout si nos longues années de célibat ont endormi notre capacité à nous introspecter). Quant à la chance… Ce serait nier qu’on reste, quoiqu’il arrive, maître de sa vie, pour en saisir les belles opportunités comme pour en gâcher les plus beaux cadeaux.

Alors oui, cette deuxième catégorie vit assez mal votre bonheur. Elle peut pourrir votre Facebook avec des vidéos stupides, des statuts pathétiques mais vous la soûler avec vos photos de vacances et vos changements d’état civil. Elle peut vous couper l’envie d’aller le boire ce verre dont vous avez tant besoin parce qu’en effet, vous n’avez en revanche aucun besoin d’être jugée parce que « tout va trop bien ». Elle ne viendra pas à votre mariage puisqu’elle ne sera pas accompagnée et enfin, elle ne viendra pas voir votre bébé parce qu’elle n’est pas concernée. Elle déplore la stigmatisation des célibataires mais en fin de compte, c’est elle qui vous colle une étiquette: vous êtes niais parce que vous êtes heureux.

Ce à quoi vous avez très envie de répondre: vous êtes laid parce que vous êtes envieux.

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